Problématique : le développement économique et création des emplois en Afrique
I. Les problèmes :
1. Le paradoxe des ressources naturelles et de la croissance des pays africains
* L’Afrique enregistre une croissance économique rapide. Entre 2001 et 2010, six des dix économies enregistrant le rythme de croissance le plus rapide se trouvaient en Afrique subsaharienne
* En moyenne, 72 % des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars (USD) par jour. L’incidence de la pauvreté chez les jeunes au Nigeria, en Éthiopie, en Ouganda, en Zambie et au Burundi dépasse les 80 % (Banque mondiale, 2009). Les taux de pauvreté les plus élevés s’observent chez les jeunes femmes et les jeunes vivant en zone rurale.
• Le développement des infrastructures d’énergie sera crucial pour promouvoir l’activité industrielle et la création d’emplois, surtout dans les zones rurales. Le cadre du PIDA en a fait l’une de ses priorités. Ces infrastructures sont aussi les plus coûteuses à mettre en place et à moderniser. Le continent, et notamment l’Afrique subsaharienne, a le plus faible taux d’accès à l’électricité de toutes les autres régions en développement. Or, il regorge de ressources naturelles (pétrole, gaz, charbon et énergie hydraulique), pour
l’essentiel sous-exploitées.
2. La pauvreté et le chômage des jeunes
• Offrir des emplois en quantité et qualité suffisante pour l’ensemble des jeunes
d’Afrique constitue en effet l’un des plus grands défis pour les pays du continent.
• A l’horizon 2030, plus de 30 millions de jeunes africains chaque année entreront sur
le marché du travail. Leurs perspectives d’être employés dans le public comme dans
le privé formel sont peu encourageantes.
• L’Afrique est le continent le plus jeune du monde en termes de population. Celle-ci
augmente rapidement. Des centaines de millions de jeunes Africains quitteront le
système éducatif dans les prochaines décennies, à tous les niveaux, et rechercheront un emploi. Les jeunes chômeurs et les travailleurs pauvres rencontrent de multiples obstacles et défis, variables selon les pays. La question de l’emploi des jeunes se résume surtout à un problème de qualité dans les pays à faible revenu et de quantité dans les pays à revenu intermédiaire (PRI). Dans les pays pauvres, les jeunes constituent la majorité des titulaires d’emplois précaires et des travailleurs pauvres. Dans les PRI de la tranche supérieure, un plus grand nombre de jeunes sont chômeurs, découragés ou inactifs. Dans tous les groupes de pays, davantage de jeunes sont démoralisés que chômeurs, ce qui suggère que
l’enjeu du travail des jeunes a été sous-estimé.
• Avec près de 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, l’Afrique possède la
population la plus jeune du monde. Et celle-ci s’accroît à vive allure. Le nombre de
jeunes en Afrique aura doublé d’ici 2045. De 2000 à 2008, la population en âge de travailler (15-64 ans) est passée de 443 millions à 550 millions, soit une hausse de 25%. Sur une année, cela équivaut aussi à une augmentation de 13 millions, soit 2.7 % (Banque mondiale, 2011a). Si cette tendance se poursuit, la main-d’œuvre du continent sera d’un milliard de personnes en 2040. Ce sera la plus nombreuse au monde, dépassant celle de la Chine et de l’Inde (McKinsey, 2010).
• Selon les estimations de l’Organisation internationale du Travail (OIT), de 2000 à
2008, quelque 73 millions d’emplois ont été créés en Afrique, mais seulement 16
millions pour les 15-24 ans. En conséquence, de nombreux jeunes Africains se retrouvent sans emploi ou, plus fréquemment, en sous-emploi dans le secteur informel, où la productivité et la rémunération sont faibles. Quelque 60 % des chômeurs africains sont des jeunes et, dans la plupart des pays africains, le taux de
chômage des jeunes est deux fois plus élevé que celui des adultes.
• La transition démographique a l’origine de la forte augmentation de la population
des jeunes sur le marché du travail en Afrique, les opportunités d’emploi inexploités dans le secteur agricole. Il est par ailleurs essentiel d’améliorer la productivité du secteur informel devenu une caractéristique persistante du paysage économique d’Afrique subsaharienne
• En Afrique de l’Est, plusieurs régions de Somalie ont été ravagées par la famine, les
populations souffrant de malnutrition sévère. La mortalité a grimpé en flèche. En juillet 2011, l’état de famine a été déclaré dans le Sud du pays (selon le cadre
intégré de classification de la sécurité alimentaire IPC). Il a été levé en février 2012 mais, pour le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET), pratiquement un tiers de la population est toujours dans l’incapacité de satisfaire pleinement ses besoins alimentaires et autres. D’après le Système mondial d’information et d’alerte rapide sur l’alimentation et l’agriculture (GIEWS), à
l’automne 2011, environ 4 millions de personnes – soit plus d’un tiers de la population du pays – avaient besoin d’une aide humanitaire. Une situation aggravée par l’insécurité, qui a perturbé l’acheminement de cette aide et le commerce. Près d’un million de Somaliens ont fui dans les pays voisins, notamment au Kenya et en Éthiopie, ou ont été accueillis dans des camps de réfugiés aux frontières. Des millions de personnes venues d’autres régions d’Afrique de l’Est ont elles aussi été frappées par l’insécurité alimentaire : dans le Nord-est du Kenya, dans le Sud-est de l’Éthiopie, à Djibouti, dans certaines régions de l’Ouganda, au Soudan et dans le nouvel État indépendant du Sud-Soudan. Les ruraux ont été les plus touchés, y compris les nomades, mais les citadins ont subi de plein fouet la flambée des prix alimentaires. La crise a atteint son apogée à l’été 2011 où, selon les estimations,
plus de 13 millions d’habitants étaient concernés.
3. La fonction publique n’absorbe pas et Le secteur privé recrute peu :
• Au niveau supérieur, les jeunes africains sont confrontés à un système universitaire qui s’est toujours focalisé sur l’éducation à destination de l’emploi dans le secteur public, sans se soucier beaucoup des besoins du secteur privé
• De nombreux industriels africains se heurtent à des goulets d’étranglement liés aux infrastructures, en particulier un approvisionnement énergétique erratique et
coûteux, des transports déficients, une main-d’œuvre insuffisamment qualifiée, une
bureaucratie restrictive et des coûts financiers élevés. Les entreprises doivent également affronter une concurrence féroce, au plan national comme à l’international, des pays avancés et des économies émergentes, comme la Chine
• Les perspectives d’emploi pour les jeunes
• Le secteur formel public et privé n’embauche pas assez
• L’emploi des jeunes dans le secteur informel : une opportunité, et non un problème
L’analyse qui précède aboutit à trois conclusions :
• Premièrement, le secteur
formel n’est pas à même d’absorber les nombreux nouveaux arrivants sur le marché
du travail.
• Deuxièmement, l’activité informelle et l’emploi précaire sont la norme pour beaucoup de jeunes africains et ils offrent une solution permettant d’éviter le chômage et l’inactivité.
• Troisièmement, étant donné les obstacles quantitatifs à
l’emploi dans le secteur formel, le secteur informel continuera de jouer un rôle
essentiel en absorbant les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et doit faire
partie intégrante de toute politique publique axée sur l’emploi des jeunes.
•Pénurie d’emplois : les jeunes ont besoin que les entreprises se développent et proposent des emplois
•Un secteur privé vigoureux constitue le véhicule de création d’emplois le plus puissant
pour les jeunes africains. Les pouvoirs publics doivent en priorité remédier aux obstacles que rencontrent les entreprises
•En Afrique subsaharienne, les principaux obstacles sont non pas la réglementation ou
l’éducation, mais l’électricité et la finance.
•Éducation et inadéquation des compétences : les jeunes ont besoin d’un enseignement plus complet qui réponde aux besoins du marché du travail Si l’éducation n’est pas le frein le plus important, elle demeure un problème majeur
4. L’inadéquation entre l’enseignement universitaire et le développement ( le besoins du marché de l’emploi)
• Dans un grand nombre de pays, les écoles et les centres de formation n’impartissent
pas aux jeunes les compétences recherchées par les employeurs. C’est un problème général. Mais au delà du rapprochement nécessaire entre systèmes éducatifs et attentes des marchés du travail, experts nationaux et jeunes considèrent que le principal obstacle à l’accès des jeunes aux marchés du travail africains se situe du
côté de la demande de main-d’œuvre.
II. Solutions (formation professionnelle-développement des compétences et
insertion professionnel) : éducation-formation-emploi au cœur du
developpement
5. Développer les compétences
Malgré des perspectives difficiles à court terme, l’horizon à long terme paraît
nettement plus dégagé, pour autant que les dirigeants africains s’attèlent vraiment
aux obstacles que rencontrent les jeunes. L’amélioration de l’éducation,
l’émergence des nouvelles technologies et une urbanisation rapide sont autant
d’occasions d’assurer le développement sectoriel et la création d’emplois. Enfin, les
secteurs informel et rural, longtemps considérés comme des poids morts, se
révèlent être un vivier de talents entrepreneuriaux
L’agriculture reste le principal secteur économique dans de nombreux pays
africains, au moins en termes d’emplois. Souvent, elle occupe plus de la moitié de la
main-d’œuvre, voire les trois quarts ou plus. Mais la part de l’agriculture dans le PIB
est sans commune mesure, puisqu’elle ressort fréquemment à 30 %, voire moins,
signe du faible niveau de productivité.
Le développement des compétences techniques et professionnelles (DCTP) a le
potentiel de doter les jeunes de compétences plus pratiques, ce qui leur donnera de
meilleures chances sur le marché du travail. Ces compétences peuvent être acquises
dans des établissements structurés et spécialisés, ou par l’expérience pratique en
cours d’emploi, ou encore par les deux, via une formation dite « en alternance ».
L’enseignement et la formation techniques et professionnelles orientés vers
l’acquisition des compétences requises par le marché de l’emploi, formation dans la
le secteur informel
6. Professionnaliser les enseignements (les stages)
La formation en alternance (stage en entreprise de longue durée ou apprentissage,
par exemple) permet aux jeunes de mettre en pratique, dans des environnements
réels, la théorie apprise en classe, et ainsi de développer des compétences
professionnelles, comme la gestion du temps et le professionnalisme, et d’acquérir
une expérience pratique (Angel-Urdinola et al., 2010).
7. Former aux métiers
Les recherches menées en Tanzanie en 2011 ont montré que, sur 23 centres de
formation professionnelle en zone rurale directement gérés et financés par la régie
de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (Vocational
Education and Training Authority), seulement trois proposaient une formation en
rapport avec le secteur agricole. Dans la plupart des pays d’Afrique, la situation est
encore plus extrême, comme au Malawi, où aucun centre de formation
professionnelle ne propose de formation agricole (Dalla Valle, 2012).